Pierre Fallaize

Un missionnaire normand chez les "Esquimaux"

Il n'avait connu la neige qu'à Gonneville-sur-mer, une mince couche quelques jours par an et n'avait enduré qu'un froid modéré des côtes normandes. Cependant courageux, il n'hésita pas à affronter volontairement les températures polaires du Grand Nord Canadien...

Pierre Fallaize, "explorateur Normand" et missionnaire.....

Les convictions religieuses de Pierre Fallaize l'amenèrent à évangéliser les Esquimaux. Il devint ainsi un des  premiers  normands missionnaire dans cette règion du grand lac des Esclaves et de Coppermine, en bordure de l'Océan glacial arctique ( Territoire district de Makenzie au Nord Canadien).

Les 20 premières années de sa vie

Pierre Fallaize est né à Gonneville sur Honfleur ( Calvados) le 25 mai 1887 d'une famille de modestes paysans .Orphelin de père à 7 ans ( son père Pierre Fallaize décédè en 1894) et de mère à l'âge de 12 ans ( Marie-Rosalie Leroy meurt en 1898),  le petit Pierre est élevé par ses oncles et fréquente l'école primaire de Honfleur. Il s'y rend naturellement à pied ( 4 Km500) puis très jeune entre au petit séminaire de Lisieux ( Calvados).

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En 1906, on le retrouve libéré de son service militaire accompli chez les chasseurs alpins et, entrant au Grand Séminaire de Sommervieu ( Calvados). On le jugera ainsi " Bonne petite recrue, intelligence bien ordinaire, mais suffisante.... un peu fruste et paysan, mais fera un bon missionnaire"..

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Pierre Fallaize va continuer son chemin. Il sera admis au noviciat des missionnaires OBLATS de Marie Immaculée à Bertin ( Belgique) où est exilée la congrégation à la suite des expulsions de France des ordres religieux. Il y fait profession le 25/12/1907. Après les études de philosophie et de théologie, Pierre Fallaize est ordonné prêtre le 7 juillet 1912.

L'arrivée à Fort-Résolution

En 1913, Pierre Fallaize est envoyé dans le Grand Nord Canadien, en territoire indien, à Fort Résolution, situé en bordure du Grand lac des Esclaves. Dès son arrivée, en septembre 1913, la neige et la glace se sont déjà abattues sur la région. On lui conseille d'attendre le printemps. C'est là qu'il décide de se joindre à un petit groupe d'aventuriers qui désire gagner Fort Chiperwyan ( à mi-chemin de Fort-Résolution). Arrivé à Chiperwyan, il trouve une caravane de traîneaux à chiens. On accepte qu'il s'y joigne. C'est ainsi qu'il fera les 200 kms jusqu'à Sort Smith par un froid de -40 à -50°. Finalement, le père Pierre Fallaize arrive,  à Fort Révolution le 31 décembre 1913. Il arrive très épuisé,  avec une surdité partielle qui ne pourra jamais guérir dûe au gel d'une oreille.

Fort-Résolution

Depuis 1786, la Compagnie du Nord puis la compagnie de la baie d'Hudson en 1815  y implante des postes pour y commercialiser la traite des fourrures. C'est la fusion des 2 compagnies en 1821 qui donnera le nom à  la ville" Fort-Résolution". Fort-Résolution est un bourg de plus de 400 habitants. Dans la première moitié du XXème siècle les OBLATS et les Sœurs grises y ont fondé un hôpital pour tuberculeux mais  en 1956, le service de traitement de la tuberculose sera transféré à Edmonton à 850 km environ.

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Le père Fallaize va rester 7 ans dans cette mission en qualité d'économe. Les mois d'hiver sont terribles, des mois dans la solitude à attendre face  à cette nature hostile et surtout inconnue. Tout le monde attend dans le grand nord. On attend avec angoisse la venue de la nuit polaire, puis le sourire du soleil avec impatience..... Interminable hiver, heureusement à Fort-Résolution  on dispose d'une bonne quantité de bois pour se chauffer. La nourriture est plutôt monotone ( caribou et saumon) mais  suffisante. Le Père Fallaize veut aller encore plus au nord , chez les Esquimaux. On lui a souvent raconté l'histoire de deux missionnaires  retrouvés massacrés ( leur foie et leur cœur dévorés) , près de l'Océan Arctique, mais rien n'arrête  Pierre Fallaize. Il est vraiment déterminé à se rendre près de ce peuple "oublié" de l'ensemble du monde. .

Le Grand lac de l'Ours

En 1920, le père Fallaize se porte volontaire pour rejoindre le père Frapsauce établi en plein territoire Esquimau, sur la rive nord du "Grand Lac de l'Ours", seulement il reste encore 600 km à parcourir. Le père Fallaize va parcourir cette distance accompagné d'un jeune frère, un trappeur et un guide. C'est un véritable exploit sportif. Les quatre hommes unissent leurs efforts, souvent obligés de haler leur bateau à la corde,( plus de 100 kms) tantôt marchant péniblement dans la neige, ou sur la glace.  Quand ils arrivent la nouvelle est terrible : Le père Frapsauce  s'est noyé la veille, la glace ayant cédé sous le poids d'un traîneau..... Le père Fallaize décide plus que jamais de rester....

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Mais c'est la solitude complète . Ses compagnons repartis, le père Fallaize se retrouve seul au milieu des glaces où la température oscille entre -30 et -50 pendant 10 mois l'année . Et là ce n'est pas comme à Fort-Résolution, il n'y a aucun combustible. Ses conditions de vie sont extrêmement difficiles. Il se consacre essentiellement à l'évangélisation des nomades Esquimaux, partageant avec eux leur vie quotidienne, effectuant d'interminables marches à la recherche de nourriture ( presque exclusivement de viande CRUE, quelquefois avariée et mâchée au préalable par une femme pour l'attendrir) . Il apprend vraiment à connaître la vie des Esquimaux de l'intérieur. Il subira les nuées de moustiques , de mouches noires et bleues, moucherons et même les sauterelles ( qui pullulent au nord  du district de Mackenzie)lors  du  court été, quand à l 'interminable hiver, c'est le froid glacial qu'il sera obligé de supporter.

Esquimaux ou Inuits

Esquimau (Ayaskimeow) veut dire mangeur de chair crue". Les habitants qui vivent dans les régions arctiques ( pôle nord) préfèrent le nom inuit qui veut dire " être humain, homme" . Inuit vient du dialecte "Inuktitut" qui avec les "yulik" constituent les 2 principales langues parlées dans les régions les plus froides.

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On peut les rencontrer au pôle nord. Longtemps chasseurs et pêcheurs nomades  et aujourd'hui sédentaires, Les Inuits sont installés sur les rives du détroit de Béring, baie d'Hudson, Alaska, Groënland, Nord Canada......On trouve des Esquimaux en Russie, à l'extrême nord-est de la Sibérie......

Histoire du peuple Esquimaux ( Inuits)

Plusieurs hypothèses existent, mais la plus courante est celle de Jean Malaurie : Les Esquimaux seraient les derniers survivants de civilisation arctique nord-américaines, dont l'ancienneté remonterait à environ 8000 ans. Leurs ancêtres seraient partis du Nord de la Chine vers 15 000 à 10 000 avant J.C., et à la faveur d'un réchauffement climatique. Ils se seraient établis dans la région du Baïkal ( Russie) et de la Tchoukotka. Ce n'est que progressivement, lors des millénaires suivants, que la culture esquimaude se serait constituée, au cours d'une suite de migrations passant par le détroit de Béring en direction de L'est Américain, du Gröenland, du Nord Canadien, à la poursuite des baleines et des bœufs musqués. Ces migrations ne furent possibles que par une adaptation de plus en plus poussée aux conditions climatiques et une spécialisation des méthode de chasse appliquées aux cervidés ( rennes ou caribous), aux bovidés ( bœufs musqués) et aux poissons des régions arctiques.

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C'est vers 330 avant J.C. que l'on peut dater les premières rencontres avec le peuple du froid. Pythéas , explorateur grec, citoyen de Marssalia ( le Marseille actuel)  a raconté dans son ouvrage aujourd'hui perdu, son expédition vers le pôle nord, à bord d'un trirème ( navire de guerre des romains, des carthaginois..). Accompagné de marins expérimentés, PYTHEAS réussit à franchir le cercle polaire, découvrant une terre  baptisée THULE ( le pays du "soleil de minuit"), mais la rencontre des glaces lui font rebrousser chemin. ...... Fin du IXème siècle après J.C. plus de 1000 ans après PHYTEAS, un viking nommé Ottar, chasseur de baleines et trafiquant franchit le cap nor vers 874, puis ce fut le tour à d'autres vikings. .... Vers 1576, c'est Martin Frobisher " premier véritable pionnier de l'arctique" selon Paul Emile Victor qui séjourne en pays esquimaux. Le 9 octobre 1576, il ramena un Esquimau en Angleterre. De nombreux autres explorateurs ont suivi le même chemin : John Davis en 1585/1587  parti à la recherche du passage nord-ouest vers le Catay ( Chine), en 1730 ,l'explorateur danois Vitus Béring, mandaté par Chaterine 1er de Russie qui découvre le détroit qui porte son nom ( détroit de Béring)En 1818 John Ross, interprète Esquimau. En 1821, Edward Parry qui échange avec eux de l'huile de baleine, des peaux de phoque et de renne, de l'ivoire de morse contre du fer.  En 1829 Ross rencontre lui aussi les esquimaux. Il fait fabriquer une jambe de bois pour un esquimau infirme . La communauté esquimaude lui sera à jamais reconnaissante. En 1878 le baron Adolf Erik Nordenskjöld  et par la suite de nombreux explorateurs se rendront au pôle Nord y compris  Jean Malaurie, Paul Emile Victor.......

Au pays esquimaux

Dans l'univers polaire, l'année ne connaît qu'un seul jour et une seule nuit qui durent chacun 6 mois.  Début mai à fin juillet " c'est le fameux soleil de minuit", fin novembre à fin janvier le soleil ne se lèvera plus. Durant le jour polaire, règne le "mal de neige" qui affecte la vue, rend aveugle et provoque une douleur cuisante dans les yeux.

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Un spectacle grandiose est offert à l'homme de l’arctique: l'aurore boréale provoquée par des particules électriques, émises par le soleil et qui sont attirées vers le pôle par le magnétisme terrestre. Étrange pays esquimau.

Le peuple Esquimau aujourd’hui

Bien des modifications ont été apportées au fil du temps à la vie de ce peuple par les nations dites  "civilisées": les esquimaux ne vivent plus dans les "igloos" mais dans les maisons en bois ou en béton, la moto neige a remplacé les traîneaux à chiens. Les esquimaux continuent d'aller chasser et pêcher mais ils achètent le complément en magasin. Comme une grande partie de la planète ils ont découvert hélas alcool, tabac et pour certains internet, presse......

Coppermine

On le retrouve à coppermine, en bordure de l'Océan glacial Arctique. Il sera l'un des premiers missionnaires à convertir quelques tribus d Esquimaudes ( ou Inuits) En 1931 il sera nommé Évêque coadjuteur du Mackenzie ( région du grand nord canadien). Durant des années il sillonnera avec son bateau " Notre Dame de Lourdes" lacs et rivières, brisant les glaces et allant toujours vers le peuple Esquimau qu'il a su aimer et à qui il a tant donner. Le père Fallaize écrira " voyager dans la souffrance et la pauvreté, tenir au milieu d'épreuves que l'on ne peut soupçonner si l'on n'a pas vécu là-bas". Il va rester jusqu'en 1939. Il est alors âgé de 52 ans et presque aveugle par ophtalmie des neiges. Il rentre en France et va passer 20 ans de sa vie au service de la Basilique de Sainte Thérèse de Lisieux.

Dernière faveur

Le père Fallaize reçoit la légion d'honneur en 1954. Mais son pays lui manque . Il veut retrouver le "Peuple esquimau". Il obtient de retourner finir ses jours à Fort Smith, un de ses anciens postes où ont été découvertes des mines d'uranium. La vie des habitants a bien changer en 20 ans.... Le père Fallaize décède le 10 août 1964 . Il est inhumé dans la cathédrale construite entretemps par des missionnaires.

Un procés en canonisation du Père Fallaize serait ouvert au Vatican

     Sources : Roger Jouet  : 11 siècles de Normandie et de Normands

                    Tour du monde : les esquimaux un peuple inconnu

     Article: Séléna, geneahistoire-normandie.fr

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