Binot Paulmier de Gonneville

le premier normand au Brésil

Au XVII ème siècle , l'Abbé Paulmier de Courtonne, chamoine de la cathédrâle de Lisieux ( personnage important, fréquentant à la fois la cour du Roi et le Vatican) relate dans un mémoire la curieuse aventure de son arrière grand-père, un indien nommé "Essomèriq...."

Un indien en Normandie, à cette époque, ce n'est pas banal. D'où venait-il ? Qui a pu le ramener en France ? En consultant son mémoire, on peut constater que l'Abbé Paulmier tient ses informations d'un écrit  racontant l'incroyable voyage du sieur Binot Paumier de Gonneville.

Qui est le Sieur Binot Paulmier de Gonneville

Originaire de Gonneville, un petit village de 3 lieues de Honfleur ( Calvados), ce marin-commerçant normand rêve comme beaucoup de ses compatriotes d'aller chercher fortune en Orient.

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A la fin du XV ème siècle, et au début du XVI ème siècle, la France s'intéresse t à la découverte des terres nouvelles. De plus, au début du XVI ème siècle, le commerce est surtout tributaire de la navigation . Les normands jouissent d'une bonne réputation de marins et marchands. La circulation des navires s'intensifient sans cesse entre Dieppe, Honfleur, Granville et Lisbonne, surtout depuis que le célèbre navigateur portugais " Vasco de Gama" a découvert la route des Indes et fondé, lors d'une seconde expédition en 1502 des comptoirs portugais africains ( Sofa, Mozambique) A cette époque, les richesses orientales  ( épices, étoffes précieuses et objets rares....) sont très recherchés.

Le Départ

Benoit Paulmier de Gonneville, mettant tous les atouts de son côté recrute à Lisbonne 2 pilotes portugais capables de reprendre le chemin tracé par Vasco de Gama.  Une compagnie de commerçants de Honfleur lui confie un navire de 120 tonneaux "L'Espoir" . Il part le 24 juin 1503 de Honfleur.

Cap à l'ouest pour chercher fortune

Le début du voyage se déroule sous des cieux cléments, mais bientôt une effroyable tempête modifie les plans. Après plusieurs jours d'errance et d'angoisse pour lui et son équipage, il entre dans une zone calme, navigant vers le sud. La vigie aperçoit enfin  une terre. Il sait qu'il est dans l'hémisphère sud. Mais où ?

Accostage en terre inconnue

Gonneville  atteint en janvier 1504 , cette terre inconnue.  qu'il va baptiser " Indes Méridionales". Le climat semble agréable, le gibier abondant. La région semble peu peuplée, mais Gonneville et son équipage vont réussir à nouer avec les indiens  des relations pacifiques. Il les décrit comme des gens simples, vivant  de pêche, chasse et cueillette. Les hommes à demi-nus ont des cheveux longs et la tête coiffée de plumes.

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Durant 6 mois, les Normands explorent cette nature vierge, inventorient plantes et animaux. Ils y découvrent un bois "Pau brasil" ou "bois de braise" dont la couleur rouge du tronc sous l'écorce sert à la teinture des tissus.

Retour vers la France de Gonneville

Les normands profitent de l'occasion offerte pour commercer avec les Indiens. Ils chargent et remplissent les cales de ce fameux bois braisé Ils y ajoutent des perroquets de toutes les couleurs et diverses autres marchandises....

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Le 3 juillet 1504 "l'Espoir" appareille pour regagner la France. Deux hôtes particuliers sont du voyage : Essomeric ( fils du chef de la tribu et le jeune Namoua, un autre indien ) Ils accompagnent les normands , mais avec la promesse de revenir dès le prochain voyage de Gonneville.

Les pirates attaquent

Ce voyage de retour va être catastrophique : des fièvres font mourir plusieurs membres de l'équipage, notamment le jeune "Namoa". Continuant, tant bien que mal ce pénible voyage, au large de Jersey, "L'espoir" reçoit une visite plutôt désagréable. En effet, Gonneville et ses compagnons vont subir une attaque d'un pirate anglais "Edouard Blunth" qui vole toute la cargaison ainsi que le journal de bord.

De retour en Normandie

Gonneville n'ayant ramené de son expédition aucune des richesses escomptées, ses commanditaires refusent de lui accorder de nouveaux crédits. Il n'y aura plus de voyage pour lui vers les Indes Méridionales ( Brésil). Gonneville , en homme de coeur va adopter le jeune indien (Essomèriq) lui donner une éducation européenne , le marier à l'une de ses parentes ( Marie Paulmier) et en faire son légataire universel. Essomèricq deviendra Seigneur, fera souche en Vallée d'auge. Il aura de nombreux enfants et il vivra jusqu'en 1583. L'adoption d'Essomèricq est un geste qui montre une belle largeur d'esprit ( c'est donc un descendant direct l'Abbé Paumier qui, vers 1750 , fera connaître cette incroyable histoire.

Quelle terre avait donc atteint Gonneville ?

Il semble qu'il a en réalité abordé une terre nommée BRÉSIL (le nom vient de ce bois rouge particulier appelé bois braisé), évidemment rien à voir avec les Indes méridionales. Ses escales ont pu être identifiées. En affirmant l'existence d'un 3ème monde, le voyage a fait fantasmer bien des esprits. En 1869, le géographe et historien Armand d'Avezac, s'appuyant sur ces documents situe le point de chute de Gonneville au niveau de Santa Catarina ( Brésil). De nombreux aventuriers ont cherché pendant des décennies les fameuses terres de Gonneville. .. Ils sont parvenus aux mêmes conclusions......

Les écrits de l'Abbé paulmier

Ces écrits ont été retrouvés dans la bibliothêque de l'Arsenal de Paris. Concernant ce mémoire Madame Leyla Perrone-Moises, auteur d'un ouvrage sur Gonneville affirme " Qu'il s'agissait d'une copie certifiée par les notaires dans le cadre d'un procès sur le droit d'aubaine ( impôt payé par les étrangers)

La polèmique

Un tel périple, une telle épopée ne peut faire l'économie d'une polémique. Un historien rouennais Jacques Levêque de Pontharouart contesta vivement ce voyage le qualifiant de ( voyage imaginaire) Branle-bas de combat au sein de la société de l'Histoire de la Normandie. Monsieur Jean-Pierre Chaline, (professeur de la Sorbonne , Michel Mollat du Jourdin et Mme Leyla Perrone-Moises ( originaire de Saô-Paulo, professeur de littérature et écrivaine) démontrent vivement le manque de pertinence de cette thèse......

Constestation

Les affirmations de Monsieur de Pontharouart ont été contestées dès le 18 mai 1993 dans une lettre adressée au journal " Paris-Normandie" par Monsieur Jean-Pierre Chaline, président de la Société de l'Histoire de Normandie.

Conclusion

Cette belle histoire fit le bonheur des historiens normands ( jusqu'à cette belle polémique en 1993) En attendant il est doux de rêver à cette formidable aventure, en se promenant, au cœur de Honfleur sur le quai " Le Paulmier".

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Il faut aussi rappeler que de la Normandie a commercé avec le Brésil dès le XVIème siècle. (Ce bois braisé était considéré comme bois précieux.Il  a  notamment donné sa couleur aux toiles des frères Gobelins). Nous continuerons à relater , au fil des articles, d'autres voyages normands vers l’Amérique du Sud......

Sources  Itinéraire de Normandie N°7, " le voyage de Gonneville de Mme Leyla Perrone-Moises

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